La probabilité d’une crue centennale est aussi réelle que l’était la crise des subprime.
Il y a cent ans, l'Île-de-France était touchée par une crue qualifiée de centennale. Le 28 janvier 1910, après onze jours de montée des eaux, la Seine atteint un niveau « historique » de 8,62 mètres à Paris Depuis plusieurs années, L'IAU îdF étudie et publie sur les risques et enjeux du fleuve. Avis d’experts.
Tout le débat tourne autour de la notion de risque. Faut-il construire ou ne pas construire ? Prend-on le risque d’expérimenter des modes de résistance à la crue, la sécurisation des eaux, de la circulation des personnes, des immeubles, etc. Il est vrai que ces derniers temps, la notion de « principe de précaution » a été sérieusement remise en question.
La problématique d'inondation par débordement est le risque majeur en Ile-de-France.
La notion de risque c'est le croisement d'un aléa avec des enjeux humains, économiques, d'infrastructures. Notre territoire est concerné par de nombreux risques. Les inondations sont le principal.
Le territoire exposé aux plus hautes eaux connues (PHEC), c'est 56 000 hectares, 430 à 440 communes, 5 % du territoire. Cette zone des PHEC est urbanisée à près de 40 % avec de grandes disparités. C'est un peu plus de 900 000 personnes directement exposées (avec des départements particulièrement touchés : Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine), environ les 2/3 de l’habitat collectif et le 1/3 de l'habitat individuel. La dernière grande inondation de 1910 est la crue de référence. C'était essentiellement Paris qui était exposé, mais depuis 100 ans il y a eu un très fort accroissement de l'urbanisation.
Le grand enseignement des études et travaux menés préventivement, c'est la grande vulnérabilité à une inondation majeure. Les usines d'incinération sont toutes localisées en zone inondable. De même pour le transport d'énergie, les réseaux, l'alimentation en eau potable. Une grande partie des réseaux ferroviaires seraient arrêtés durant plusieurs semaines. Le métro plusieurs mois. C'est aussi des enjeux en termes de déplacements routiers, de stationnement. Tout reste à faire pour les petites entreprises et la population moins directement concernée. Les conséquences d'une telle crue seraient évaluées à plusieurs milliards d'euros en coût direct, mais aussi en coût indirect.
Et puis une double interrogation : quand et comment ? Rien ne dit qu'une crue centennale se passera de la même façon qu'en 1910. Il y a eu des imperméabilisations, des modifications dans l'organisation qui peuvent avoir des conséquences. Très en amont, il y a des évolutions des pratiques culturales qui influent sur l'accélération des flux qu'on connaît assez mal. On connaît assez mal aussi les conséquences des protections, des secteurs endigués, etc. Et on ne sait pas si une grande crue sera aussi intense qu’une crue centennale ou plus importante, ni quand elle se produira. C'est aussi un frein à l'action publique.
Alors, peut-on construire une ville durable au bord du fleuve ?
La Seine, « source de la métropole, fontaine du jardin francilien », traverse des espaces en permanente mutation : le territoire du fleuve est un secteur stratégique de grands projets urbains. Mais face aux risques d’inondations, l’agglomération centrale est plus vulnérable aujourd’hui : le niveau des « plus hautes eaux connues » y concerne 20 000 hectares, 700 000 habitants, 130 zones d’activités économiques, 1 460 équipements locaux, 50 lycées…
Des outils techniques et réglementaires permettent de mieux gérer les inondations, et de limiter leurs conséquences en contrôlant la construction sur les nouveaux sites. Dans les tissus urbains constitués, il faut envisager d’autres actions : sensibiliser les entreprises et les habitants en développant une véritable « culture du risque », diminuer la vulnérabilité des équipements (suivant l’exemple du département des Hauts-de-Seine).
Au-delà de la protection des biens et des personnes, cet objectif de diminution de la vulnérabilité vise à redémarrer l’ensemble des activités humaines le plus rapidement possible après une crue. Il conduit à repenser le développement et l’aménagement des territoires concernés, en s’appuyant sur des expériences françaises et européennes : l’idée de zones test est en train d’émerger en Île-de-France sur des sites particulièrement stratégiques et exposés. Des opérations d’aménagement urbain (Mantes-la-Jolie, l’Île-Saint-Denis) témoignent d’une nouvelle façon d’intégrer les dimensions du fleuve.
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