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Les classes moyennes sont mal dans leur bien

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La propriété n’est plus un aboutissement, ni même une garantie.

La question du logement est généralement peu évoquée dans le monde de l’entreprise. Les besoins des salariés en la matière sont mal connus. Pour remédier à ce déficit de diagnostic, la Confédération Française de l’Encadrement-CGC, au travers de l’Association pour la promotion et l’étude du logement des salariés, a demandé à l’Université Paris-Dauphine de réaliser un état des lieux du logement des classes moyennes

Un malaise perceptible dans les opinions des ménages
Selon l’étude menée par questionnaire auprès de quatre mille ménages représentatifs de la population active française, les classes moyennes ne manquent pas de motifs d’insatisfaction vis-à-vis de leur situation résidentielle. Elles déplorent principalement le manque d’espace (25% le déclarent comme motif d’insatisfaction), la cherté de leur logement (16%) et leur exposition au bruit (15%). Elles sont aussi insatisfaites vis-à-vis de leur quartier (9%) et de l’inconfort de leur habitation (7%). Enfin, elles se disent confrontées à de réelles difficultés d’accès aux transports (20%) et au lieu de travail (13%) ainsi qu’aux commerces (12%), aux espaces verts (11%) et aux écoles (6%), bref à tout ce qui fait le quotidien.

Le logement, facteur d’éclatement des classes moyennes ?
Les classes moyennes ont longtemps été associées à un imaginaire de progrès et à l’idée de démocratisation de la société. En matière de logement, elles ont connu pendant les Trente glorieuses des trajectoires résidentielles ascendantes massivement marquées par l’amélioration des conditions de logement et l’accession à la propriété. Une communauté de destin et d’aspirations semblait alors les unir.
Après avoir été secouées par trois décennies de mutations économiques, les classes moyennes risquent aujourd’hui l’éclatement. Le logement en témoigne : autrefois garant et marqueur d’une distinction de « classe », il est désormais un puissant facteur de différenciation interne. C’est aussi la source de décalages inédits entre statut social et conditions matérielles de vie. Le malaise résidentiel qui en découle alimente de nombreuses frustrations et insatisfactions. Il trouve un de ses symptômes les plus aigus dans les difficultés d’accès à la propriété que rencontre une part croissante de ménages.

Qui sont les principales victimes du malaise résidentiel ?
Le mal-logement est un problème saillant mais l’onde de choc du malaise résidentiel se propage jusqu’aux classes moyennes, en tous cas jusqu’à ses franges les plus modestes qui, en matière de logement, ont peu à envier aux classes populaires. Le phénomène touche en premier lieu le tiers « inférieur » des classes moyennes, c’est-à-dire des professions intermédiaires, voire ces cadres qui gagnent moins de 1800 euros nets par mois. Il révèle le risque de déclassement qui pèse sur cette fraction des classes moyennes marquée par une nette surreprésentation des femmes, jeunes, célibataires et familles monoparentales. Les principales causes de décrochage trouvent leur explication dans la fragilisation des parcours professionnels, avec son lot de chômeurs, salariés précaires et travailleurs déclarant un temps partiel subi. La baisse du pouvoir d’achat aussi est en cause. Elle résulte de la faible progression des revenus et de la hausse des dépenses contraintes, en particulier de l’augmentation du coût du logement. Sur le plan résidentiel comme sur le plan professionnel, l’ascenseur n’est pas seulement en panne, pour certains, il descend.

Les difficultés d’accès à la propriété, un symptôme du malaise résidentiel
Le malaise résidentiel des classes moyennes trouve un de ses symptômes les plus aigus dans les difficultés d’accès à la propriété que rencontre une part croissante de ménages. Ces difficultés sont principalement liées à un problème de pouvoir d’achat qui résulte de la faible progression des revenus et de la hausse des dépenses contraintes, en particulier de l’augmentation du coût du logement, après dix années de flambée des prix immobiliers qui ont porté le taux d’effort des ménages à près de 40%, soit à un niveau supérieur aux seuils tolérés par les banquiers pour l’accès à un prêt immobilier.
Les difficultés d’accès à la propriété touchent à un symbole. La propriété en effet, après avoir justement été le symbole de l’émancipation des classes moyennes, reste, pour tous, un symbole de réussite. C’est bien plus qu’un investissement patrimonial. C’est un véritable statut social. Un statut social, et c’est un phénomène nouveau, qui vient aujourd’hui différencier les classes moyennes entre elles alors qu’il était autrefois un des dénominateurs de leur destin commun. Face à la propriété en effet, les classes moyennes n’apparaissent plus égales. En particulier, la classe moyenne inférieure décroche. Elle va même jusqu’à partager le sort des classes populaires, avec son taux de propriété inférieur à 40%, contre respectivement 54% et 63% pour les classes moyennes intermédiaire et supérieure.

La perte du statut de propriétaire, signe et facteur de décrochage
Lorsqu’elle peut finalement accéder à la propriété, la classe moyenne inférieure apparaît particulièrement mise à l’épreuve. Le dernier Rapport sur le Mal-Logement de la Fondation Abbé Pierre fait état de ses difficultés à payer ses charges et ses remboursements de prêts. Ce rapport, de son côté, va jusqu’à pointer ses difficultés à conserver son statut même de propriétaire en révélant un taux de près de 30% de ménages confrontés à la perte du statut de propriétaire lors de leur dernier déménagement.
Avec ce taux record, la classe moyenne inférieure non seulement décroche de nouveau par rapport aux classes moyennes intermédiaire et supérieure, mais elle s’avère encore plus sensible que les classes populaires aux aléas de la vie, en l’occurrence à l’instabilité professionnelle et familiale qui, avec l’insuffisance des ressources et la perte d’emploi, sont au motif de la perte de la propriété.
Le phénomène est nouveau par son ampleur. Il révèle un fait de taille : à savoir que la propriété n’est plus un aboutissement, ni même une garantie. C’est le signe que les classes moyennes peuvent désormais connaître des parcours résidentiels descendants, alors que la principale caractéristique de leurs trajectoires était justement qu’elles suivaient une pente ascendante, c’est-à-dire que chacune de leurs étapes marquait un pas vers plus de confort et de sécurité.

Vers des parcours descendants ?
Les classes moyennes sont 40% à avoir le sentiment de ne pas avoir amélioré leurs conditions de logement lors de leur dernier déménagement et près de 10% à avoir connu une dégradation de ces conditions. Ce constat aussi est symptomatique si l’on considère que la stabilité, autant que le recul, vont contre le principe d’aspirations croissantes qui est caractéristique des classes moyennes. C’est le signe que le moteur est grippé.

Contribution : Université  Paris Dauphine.  Confédération française de l’encadrement-CGC au titre de l’Association pour la promotion et l’étude du logement des salariés.

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