« Il faut encourager l’application des mesures existantes favorables au développement d’un urbanisme de projet.»
Le SNAL est l’unique organisation représentant les professionnels de l’aménagement privé en France. Ce ‘’monopole’’ vous confère-t-il un bonus de lobbying ?
Certainement. Le SNAL regroupe 280 sociétés privées d’aménagement, ce qui représente 80 % de la profession, produisant chaque année environ 25 000 logements. En tant qu’unique organisation professionnelle fédérant les aménageurs privés, le SNAL a un poids certain et a su également tisser des relations avec les ministères et les parlementaires. Toutefois, nous ne concevons pas le lobbying uniquement comme la défense d’intérêts catégoriels, mais également comme l’accompagnement de l’évolution du métier et des pratiques professionnelles. Nous souhaitons aussi être force de propositions auprès des pouvoirs publics pour la mise en place des politiques de l’aménagement et du logement.
Votre cheval de bataille pour 2010 est la relance de la production foncière là où la demande est soutenue. Quels leviers faut-il actionner pour cela ?
Il est urgent de relancer l’urbanisme opérationnel en privilégiant les zones d’aménagement programmées, plus efficaces en termes d’optimisation de l’espace, et d’y favoriser la densité des constructions. Il faut encourager l’application des mesures existantes favorables au développement d’un urbanisme de projet.
Il est également urgent que les dispositions relatives à la simplification du droit de l’urbanisme, appelée des vœux de Monsieur Sarkozy, soient mises en œuvre. Là encore, le Snal fait un certain nombre de propositions extrêmement concrètes qui permettraient en particulier de réduire considérablement les délais existant actuellement entre le moment où un projet d’aménagement est défini et celui où les logements auquel il est destiné peuvent être effectivement livrés.
Etes-vous militante convaincue du Plan Grenelle ou plus réservée, dans l’attente de voir comment collectivités territoriales et urbanistes vont le prendre à leur compte ?
Nous espérons que l'approbation de la loi "Grenelle 2", qui doit intervenir dans quelques mois, réformera en profondeur la manière dont est pensé l'urbanisme dans nos territoires en consacrant le principe de sa programmation, notamment en intégrant les Plans Locaux d’Habitat dans les Plans Locaux d’Urbanisme, et en revisitant le niveau de gouvernance et la répartition des compétences entre les collectivités territoriales …
Les Eco-quartiers font l’actualité. Certains y voient plus une chimère qu’un modèle, vivre ensemble et développement durable ne faisant pas nécessairement bon ménage.
Les professionnels du Snal sont engagés depuis de nombreuses années dans une démarche de développement durable et de haute qualité environnementale. Les éco-quartiers sont une piste intéressante, mais il est certain qu’au-delà de l’exemplarité, l’exercice ne prendra tout son sens que lorsque l’ensemble des collectivités locales, quelle que soit leur taille, se saisiront du sujet.
Ces éco-quartiers ne pourront d’autre part pas se faire sans les maîtres d’ouvrage que nous sommes et sans l’adhésion de leurs futurs habitants, car rappelons-le : une ville durable, un quartier durable, un logement durable, sont ceux dans lesquels on aime vivre ! Il est donc indispensable que chacun puisse y trouver le logement qui lui convient et dont il a envie.
Quelle est votre position sur l’attractivité du modèle ?
En matière d’urbanisme, il est toujours difficile de parler de « modèle », la reproduction étant évidemment impossible. Ce qui est intéressant en revanche, c’est d’arriver à identifier une méthodologie de conduite d’opération et d’évaluation qui pourrait servir de référentiel. C’est l’objet même de la démarche HQE aménagement qui sera présentée le 30 mars prochain.
Vous militez pour une reconnaissance du permis d’aménager. Quelles actions allez-vous mener dans ce sens en 2010 ?
Nous devons absolument travailler à la reconnaissance du lotissement, devenu depuis la réforme de 2007 permis d’aménager. C’est en effet une véritable procédure d'aménagement, parfaitement adaptée aux exigences de densification, d’intégration, de mixité et aux exigences environnementales des collectivités de toutes tailles.
Elaboré en concertation avec ces collectivités, le lotissement peut tout à fait être le cadre juridique d’un urbanisme de projet que j’évoque plus haut. Il faut donc arriver à le distinguer de l’image déplorable qui le poursuit depuis des décennies en montrant des réalisations intéressantes ; et redonner ainsi aux élus la confiance et l’envie. C’est pourquoi nous avons décidé de lancer le 15 juin prochain, lors de notre congrès annuel qui se tiendra à Reims, les premiers trophées de l’aménagement.
Qu’il s’agisse d’aménagement programmé ou d’urbanisme opérationnel, la constante directive du SNAL est la concertation. Comment voyez, en mode de configuration optimale, cette concertation ?
Le « couple » élu-aménageur est évidemment essentiel, ainsi que le travail en équipe pluridisciplinaire de compétences adaptées aux enjeux et à la taille de l’opération ; mais il est également très important d’étendre cette concertation aux habitants pré-existants ou aux riverains qui sont également les futurs utilisateurs du quartier projeté, car l’analyse et l’intégration des propositions qu’elle suscite permettent souvent de mieux répondre à leurs attentes ou à leurs craintes. Elle favorise de ce fait une intégration meilleure et plus rapide.
Enfin il est nécessaire « d’accompagner » les futurs occupants des logements créés pour leur expliquer le fondement des choix qui ont été opérés en matière d’énergies, de modes d’assainissement, de zones d’implantation et d’orientation des futures constructions, de localisation et d’aménagement des espaces publics, de plantations, etc. Car leur adhésion et l’usage qu’ils feront des équipements réalisés sont les meilleurs indicateurs possibles d’un urbanisme réussi ou non… durable, ou non !
Propos recueillis par Gilles Arnoux

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