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Hervé Lasseigne, Président de FIEBCA, et Henri Durand, Cofondateur

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« Etre indépendant, c’est être au service de la sécurité des ascenseurs, et donc de leurs usagers.»

La FIEBCA, Fédération des Indépendants Experts & Bureaux de Contrôle Ascenseurs, a été créée en 2003. Concrètement quels métiers exercent vos adhérents et quelle est la nature de leurs prestations ?
Hervé Lasseigne : La FIEBCA regroupe des professionnels de l’ascenseur qui se sont spécialisés dans le conseil et l’assistance aux propriétaires de bâtiments dans le secteur de l’ascenseur. Nos missions couvrent les domaines de suivi de travaux de modernisation ou de création (diagnostic, gestion et négociation des appels d’offres, suivi et réception des chantiers), d’évaluation des performances de maintenance, d’assistance à la passation des contrats et de contrôle technique réglementaire. Nous ne réalisons que des prestations de conseil ou de contrôle, en totale indépendance vis-à-vis des ascensoristes. Notre rôle est à la fois technique et pédagogique, pour aider nos clients à cerner leurs choix et à trouver le juste prix pour la prestation nécessaire.

Sans développer une polémique vis-à-vis des ascensoristes, sur quels points une copropriété ou un syndic doivent-ils faire preuve de vigilance technique et commerciale ? Comment se concrétise votre mission d’assistance à ce niveau ?
Hervé Lasseigne : Les propositions de chaque ascensoriste reflètent la culture et le savoir-faire de son entreprise… et sa volonté de vendre ! Les offres de service sont rarement immédiatement comparables. Il faut s’assurer que le programme de rénovation satisfait réellement à l’ensemble des exigences réglementaires et techniques, comparer les offres ligne à ligne et vérifier que les travaux réalisés sont conformes. Au niveau de la maintenance, le propriétaire doit contrôler du respect des engagements contractuels, notamment en termes de maintenance préventive et de prise en charge par l’ascensoriste de ses obligations de maintien en état. Les propriétaires ou leurs représentants s’appuient sur la compétence technique de nos membres. Nous apportons aux copropriétaires et au syndic un service de proximité sur ces points : pour les travaux : détermination des besoins, négociations des prix, suivi des travaux, réceptions ; pour la maintenance, visa des devis, vérification des visites…

Un marché de la construction qui se tend, des normes de sécurité resserrées par les pouvoirs publics. De tels facteurs rendent-ils la position d’indépendance plus difficile à tenir ?
Henri Durand : L’indépendance est une obligation pour nos membres, elle est d’ailleurs dans notre charte éthique. C’est même pour nous la règle des trois « i » : Indépendance, impartialité, intégrité.
Le niveau d’exigence accru renforce ce besoin, sans gêner notre travail ; au fil des ans, les ascensoristes ont mieux admis l’intervention de l’expert et la mise systématique en concurrence. Aujourd’hui, environ 40 % des grosses rénovations passent par un bureau d’études et tous les prestataires ont compris qu’ils doivent collaborer avec nous et nous respecter. Etre indépendant, c’est être au service de la sécurité des ascenseurs, et donc de leurs usagers

Comment vous, Fédération, appréhendez la première grande échéance de travaux de mise aux normes des ascenseurs à fin 2010 ?
Hervé Lasseigne : La loi impose trois obligations : les travaux de mise ne sécurité, la signature d’un contrat de maintenance et la réalisation d’un contrôle technique.  Pour les contrats de maintenance, la situation est aujourd’hui satisfaisante. Les travaux de mise en conformité ne seront pas totalement achevés au 31 décembre. Au moins 20% seraient retardataires ! Mais il est encore temps de réagir, dans les assemblées de copropriété à venir. Les ascensoristes ont de la disponibilité mais il faudra passer commandes avant l’été. Enfin, les copropriétaires n’ont pas assez pris conscience de l’obligation des contrôles techniques et le retard dans ce domaine est important. De plus, les premiers contrôles techniques révèlent de nombreuses non-conformités. Même si elles sont mineures, le propriétaire est souvent démuni face à cette nouvelle difficulté. Nous souhaitons sensibiliser les retardataires sur leurs responsabilités, notamment en cas d’accident, tant pour les travaux que pour les contrôles. Ne pas agir serait aujourd’hui s’exposer à un risque grave de mise en cause de leurs responsabilités.

Quelles actions la FIEBCA mène-t-elle vis-à-vis des pouvoirs publics, des associations de consommateurs et des fabricants ?
Henri Durand : Nous participons avec ces partenaires au travail normatif au sein d’un groupe de réflexion au sein de l’AFNOR. C’est là que nous essayons de faire valoir objectivement l’intérêt des propriétaires et des utilisateurs. Nos discussions avec les représentants des ascensoristes y sont parfois « musclées », mais notre expérience contribue à éclairer la vision des non spécialistes. Cette participation nous permet également de clarifier les interprétations des textes réglementaires et d’anticiper les décisions à venir. Nous rencontrons également les représentants du Ministère qui sont à l’écoute de nos constats et difficultés.

Vos adhérents s’engagent à respecter un engagement qualité  en dix points. Entre l’exigence de sécurité, l’intransigeance sur les process, et la tolérance zéro, où situez-vous cette charte qualité ?
Henri Durand : La sécurité des utilisateurs est notre priorité, la réglementation mise en place la garantit ; mais il ne faut pas la surpayer. Il ne faut pas non plus, parce qu’on « se met en sécurité », oublier que le parc d’ascenseurs est vieillissant et nécessite aussi des investissements de « rajeunissement ». Notre rôle est, en s’appuyant sur notre savoir faire technique, de permettre aux décideurs de choisir en connaissance de cause.

Pour finir sur une note humoristique, quelle réflexion vous inspire la récente panne d’ascenseur de la plus haute tour du monde à Dubaï ?
Hervé Lasseigne : Ces appareils sont de véritables « Formules 1 » en cours de réglage et ce type de panne est anecdotique par rapport à notre problématique française. Le sujet de réflexion pour les propriétaires Français aujourd’hui est plutôt  d’agir pour faire diminuer le taux de pannes d’appareils plus standards, qui malgré les investissements récents ne s’améliore pas.

www.fiebca.com

Propos recueillis par Gilles Arnoux