Elle repose sur l’idée selon laquelle certaines banques et certains établissements financiers représentent un tel risque systémique qu’ils doivent être « sauvés » à n’importe quel prix.
La politique du too big to fail est une stratégie explicitement poursuivie par les autorités monétaires et bancaires américaines. Celle-ci repose sur l’idée selon laquelle certaines banques et certains établissements financiers représentent un tel risque systémique qu’ils doivent être « sauvés » à n’importe quel prix. En analysant les crises bancaires et financières depuis les années 1930, on constate une intervention systématique des autorités monétaires et de l’État pour limiter les pertes. Elle est en réalité une stratégie commune à la plupart des pays dotés de systèmes bancaires développés.
L’existence même du too big to fail conduit à une sous-estimation systématique du risque encouru par les investisseurs privés.
Si l’abandon de la politique du too big to fail semble difficile à mettre en œuvre – mais pas impossible, il s'agit d'une question de volonté politique –, en revanche, l’adoption du statut de responsabilité élargie pourrait être le résultat de réflexions menées par les banques. Ce comportement, qui serait un signe fort, aurait l’avantage de prouver au public qu’elles ont pris la mesure de leur responsabilité dans la crise et qu’elles s’engagent à se réformer en profondeur.
Les autorités bancaires nationales et internationales se sont engouffrées dans une « quête du Graal » avec la participation active des gouvernements.
Les solutions préconisées et adoptées pour faire face à la crise dans les différents pays, en particulier aux États-Unis, ne font que conforter l’idée selon laquelle le secteur bancaire et financier, compte tenu de la place particulière qu’il occupe dans le système économique, ne peut être régi par les règles de marché et, notamment, ne peut faire faillite. Cette croyance ancre définitivement la politique du too big to fail dans les pratiques, ce qui rend inefficace toute tentative de réforme. Abandonner cette politique est certes une décision lourde de conséquences compte tenu des effets de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008. Il est compréhensible que les autorités hésitent à franchir ce pas. Cependant, toute refonte du système dans les conditions actuelles est stérile, puisque l’existence même de la politique du too big to fail empêche tout mécanisme de contrôle externe des risques de fonctionner efficacement. En outre, la sophistication des activités bancaires, stimulée par l’existence même de la réglementation, compromet également le contrôle externe des risques, que celui-ci émane des investisseurs privés ou des régulateurs.
La refonte du système dans un souci d’efficacité requiert comme préalable l’abandon de la politique du too big to fail.
Pourtant, la crédibilité d’une telle intention est largement problématique dans le contexte de l’après-crise. Si telle est leur volonté, les autorités monétaires et bancaires, en collaboration avec les gouvernements, n’auront pas d’autre choix que de mettre en œuvre des mesures radicales pour prouver leur engagement, mesures qui pourraient être symbolisées par la privatisation des fonctions de prêteur en dernier ressort et l’interdiction constitutionnelle faite aux gouvernements d’assister financièrement les établissements bancaires et financiers. De surcroît, et afin de garantir un contrôle optimal des risques, il faut réinternaliser cette fonction ; en d’autres termes, il faut qu’ils soient contrôlés par les actionnaires. Ces derniers n’auront intérêt à exercer ce rôle que s’ils sont lourdement exposés aux pertes en cas de faillite. C’est pourquoi accompagner ce changement d’une évolution du régime juridique des institutions bancaires et financières en faveur de la responsabilité étendue pourrait avoir la vertu d’envoyer un signal fort en faveur d’un contrôle des risques plus efficace.
Source : « Une régulation bancaire pour une croissance durable », note de conjoncture de Nathalie Janson, professeur associé à la Rouen Business School au sein du département Finance et Économie, pour la Fondation pour l’innovation politique.

Twitter
Facebook
Flux rss