Le coût du logement fragilise les couches populaires et les classes moyennes, et dégrade leur pouvoir d’achat
Un diagnostic grave que pose le 17e rapport sur l’État du mal-logement en France Fondation Abbé Pierre.
Depuis une dizaine d’années, l’évolution incontrôlée du coût du logement, bien supérieure à celle des salaires, crée une nouvelle zone de fragilité et provoque un élargissement des publics confrontés à des problèmes de logement, tant pour y accéder (car la gamme des possibles se restreint) que pour s’y maintenir (quand ils doivent consacrer une part sans cesse croissante de leur budget au logement).
C’est ainsi que les couches populaires ou catégories modestes (déciles 2 et 3) comme les classes moyennes inférieures (déciles 4, 5 et 6) ont été touchées par la crise du logement, elles aussi, et sont progressivement entrées dans une zone de turbulences. Il en résulte un poids croissant de la dépense logement dans le budget de ces ménages avec des effets parfois amortis (réduction des marges de manœuvre, arbitrages entre les dépenses…), parfois non (impayés pouvant conduire jusqu’à l’expulsion). Ils se retrouvent alors dans une situation proche de celle des ménages plus modestes qu’eux. En cas de réduction d’activité, de diminution de revenu, de rupture familiale, les couches populaires comme les classes moyennes sont au final de plus en plus exposées aux risques de décrochage.
Et lorsque ces ménages accèdent à la propriété, celle-ci ne représente pas toujours une protection, contrairement aux idées reçues et aux affirmations de certains responsables politiques aujourd’hui.
Être propriétaire ne protège pas toujours du mal logement quand l’accès à la propriété en milieu urbain se fait dans des immeubles collectifs de faible qualité, ou se développe en zone rurale dans de mauvaises conditions (éloignement, mauvaise qualité des logements acquis, inconfort, insalubrité…).
Ces situations ne sont pas seulement des survivances du passé mais résultent de dynamiques en cours. C’est par exemple ce qui se produit quand l’acquisition se fait dans une copropriété dégradée (ou qui le devient) sans que les propriétaires ne puissent assurer la remise en état : la propriété se referme alors comme un piège sur le ménage, qui ne peut revendre son bien à un prix qui lui permettrait de s’installer ailleurs. Ou encore, quand l’installation dans un logement de faible qualité se fait en milieu rural pour des ménages attirés par le faible coût de ce logement, mais qu’ils ne pourront bien souvent pas remettre en état compte tenu de la modestie de leurs moyens.

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